[squats-fr-diffusion] Athènes: Suite aux événements du 5 mai, les flics attaquent des squats (et d'autres locaux politiques)

fr at squat.net fr at squat.net
Sam 8 Mai 16:19:11 CEST 2010


Voici deux articles regroupés sur squat!net:
http://squat.net/fr/news/grece080510.html

Plus d'infos sur les luttes en Grèce:
http://juralibertaire.over-blog.com/categorie-10815705.html

 * * *

Grèce: Informations sur la journée de grève générale et de manifestations

L’information principale se concentre bien sûr sur le décès de trois
personnes au cours de l’incendie d’un établissement bancaire, bien que
les éléments concrets manquent et que certaines autres informations ne
sont pas diffusées par les grands médias.

La manifestation d’aujourd’hui 5 mai a été de loin la plus imposante
depuis les vingt dernières années. La police parle de 30’000 personnes,
les syndicats de plus de 200’000 si l’on totalise tous les cortèges. La
présence policière, bien qu’étant massive, n’a pu contrôler à aucun
moment la volonté de protestation. Les manifestants se sont concentrés
en face et autour du Parlement pendant plusieurs heures, bien que l’air
soit devenu surchargé de gaz lacrymogènes. Le leader de la GSEE
(syndicat de secteur privé, à direction socialiste) a été une nouvelle
fois conspué et viré de la manifestation.

Plusieurs affrontements ont opposé des manifestants et les policiers qui
protégeaient le Parlement. Matraques, gaz lacrymogène et grenades
assourdissantes. Malgré cela, ce qui pouvait se sentir dans les rues,
c’était la volonté de prendre le Parlement, où avait lieu une séance
plénière pour approuver, dans les prochains jours, les nouvelles mesures
économiques obéissant aux ordres du FMI. Lors de la manifestation, de
nombreuses confrontations avec la police et des attaques contre les
banques internationales ont eu lieu. Deux grands bâtiments
administratifs ont été incendiés : la préfecture de la région Attique et
une annexe du ministère des Finances, où parait-il se trouve le registre
des impôts ! On a pu noter aussi l’incendie d’un car de police, d’un
camion de pompiers et de nombreuses voitures de luxe, ainsi que
plusieurs succursales de banque et au moins une bijouterie.

La nouvelle de la mort des personnes a été connue à la fin de la
manifestation. Les données à ce propos pour l’instant ne sont pas
concluantes. Ces trois décès ont accidentellement coïncidé avec le
moment le plus haut de la rébellion, ce qui ne cesse d’être suspect.

À la fin de la manifestation, les forces anti-émeutes et les groupes
motorisés Delta ont fouillé plusieurs des locaux politiques et de
réunion du quartier d’Exarchia : deux cafétérias où ils ont arrêté neuf
personnes, un local de gauche où ils ont frappé et blessé les personnes
qui s’y trouvaient, un centre social occupé où ils ont fait irruption et
arrêté toutes les personnes qui se trouvaient à l’intérieur. Ce même
après-midi la répression s’est étendue jusqu’à divers locaux des
syndicats de base, dont celui des cuisiniers et serveurs et aussi un
centre social servant de local pour les immigrants. Tout ceci dans un
centre d’Athènes devenu inhospitalier à cause de omniprésence policière
et l’air surchargé de gaz lacrymogène.

Pour l’instant, les arrestations et les détentions se comptent par dizaines.

Dans les prochaines heures on espère avoir une plus grande information.
On apprenait en fin de journée, qu’un supermarché de la chaîne Bazaar a
été exproprié pendant les affrontements et la marchandise distribuée.

Il est à noter que les manifestations ne furent pas seulement
athéniennes. Environ 50’000 personnes défilèrent à Salonique, avec
affrontement de plusieurs heures avec la police. Les anarchistes ont
occupé le « Labour center » de la ville. À Patras, 20’000 manifestants
ont été rejoints par des tracteurs et des camions de ramassage des
ordures, quelques barricades. À Ioannina, 10’000 personnes environ.

Ce qui frappe en voyant les vidéos, et que la presse grecque note elle
aussi c’est que les affrontements avec la police sont en grande partie
le fait de gens à visage découvert ! Autrement dit un début de relais
semble se faire entre les « encapuchonnés », les « anarchistes » et une
petite partie de la population. C’est évidemment une des clés des jours
qui vont suivre : un élargissement de la confiance parmi un nombre plus
important de grévistes et de manifestants, assumant à visage découvert
leur révolte, des « radicaux » ouvrant des portes sans pour autant se
poser en avant-garde... À l’inverse, évidemment, l’objectif de la police
et de l’État est d’isoler au maximum les plus radicaux. La manière dont
la banque n’avait pas été fermée ou du moins que des gens se trouvaient
dans d’autres bureaux (voir témoignage ci-dessous) peut faire partie de
cette stratégie, mais rien n’est évidemment certain.

Concernant la mort des trois personnes, le Parti communiste en accuse le
gouvernement en disant qu’elle fut le fait d’agent provocateurs
fascistes... Ils se basent sur le fait que 50 fascistes ont tenté de
pénétrer un cortège du PAME (regroupement communiste), en ont été
chassés et se sont réfugiés derrière les lignes de la police.

Quoiqu’il en soit c’est bien dans la poursuite de la grève et sur la
manière dont elle sera menée que se jouera l’avenir du mouvement : un
rebondissement périodique ou un approfondissement plus durable de la
conflictualité.

À propos de l’incendie mortel de la Marfin Egnatia Bank

Les trois personnes décédées seraient des employés de la banque Marfin
Egnatia Bank. Cette banque est propriété du magnat grec Andreas
Vgenopulos, surnommé le « nouvel Onassis » et considéré comme un des
hommes les plus riches du pays : propriétaire de Olympic Air et d’autres
entreprises (Marfin Investment Group). On ne connaît pas encore les
circonstances exactes de l’incendie. La porte d’entrée en bois aurait
été touchée par un cocktail molotov et le feu se serait rapidement
propagé dans les étages. D’après les témoins, les pompiers ont remarqué
qu’il n’y avait pas d’extincteurs dans la banque et que la sortie de
secours était fermée avec un cadenas ! Alors que le pays était paralysé
par la grève générale, que dans tout le quartier les magasins avaient
leurs rideaux baissés, il semble que dans cette banque les employés
avaient été contraints de travailler.

Le syndicat des employés de banque (OTOE) a appelé ce soir à une journée
de grève pour demain jeudi. L’identité des trois personnes décédées
reste encore inconnue : on sait seulement qu’il s’agit de deux femmes et
d’un homme.

Dans une lettre publiée ce soir mercredi sur le site Indymedia
d’Athènes, un employé de la Marfin Egnatia Bank fait une déclaration,
demandant qu’elle soit rendue publique.

« Je me sens dans une obligation envers mes collègues qui sont décédé si
injustement aujourd’hui à parler et à dire quelques vérités objectives.
J’envoie ce message à tous les médias. Toute personne qui possède encore
une certaine conscience devra le publier. Les autres peuvent continuer à
jouer le jeu du gouvernement. »

Dans cette lettre, l’employé déclare que « les pompiers n’ont jamais
délivré la licence d’exploitation de l’immeuble », que « le bâtiment en
question n’a pas de mécanismes de sécurité incendie » correspondant à sa
taille (gicleurs au plafond, issues de secours, tuyaux d’incendie). « Il
y a seulement quelques extincteurs portatifs qui, bien entendu, ne
peuvent en rien aider à combattre un feu important dans un bâtiment
construit avec des normes de sécurité depuis longtemps dépassées. La
direction utilise également le coût élevé de ces exercices comme
prétexte et n’a même pas pris les mesures les plus élémentaires pour
protéger son personnel. »

Il souligne aussi qu’aucun membre du personnel n’a été formé au risque
d’incendie, qu’il n’y a jamais eu d’exercice d’évacuation. « Les seules
sessions de formation qui ont eu lieu à la Marfin Bank ont été sur des
scénarios concernant l’action terroriste et en particulier la
planification de l’évacuation des “grosses têtes” de leurs bureaux dans
une telle situation. »

Absence de local incendie, matériaux inflammables (papiers, plastiques,
fils, mobilier...). « Aucun membre de la sécurité n’avait la moindre
connaissance sur les premiers secours à donner ou comment éteindre un feu. »

Par ailleurs, « la direction de la banque a formellement interdit aux
salariés de s’absenter aujourd’hui, bien qu’ils l’aient demandé
constamment eux-mêmes très tôt ce matin - tandis qu’elle a aussi forcé
les salariés à verrouiller les portes et a confirmé à plusieurs reprises
par téléphone que l’établissement restait fermé pendant la journée.
“Ceux qui partent aujourd’hui, ne viennent pas au travail demain”, a été
une menace constante. La direction leur a même fermé leur accès à
Internet afin d’empêcher les salariés de communiquer avec le monde
extérieur. »

La lettre dit aussi qu’au cours des derniers jours qui ont précédé la
grève générale, la direction n’a cessé de terroriser les employés en
utilisant oralement l’« offre » suivante : ou vous venez travailler, ou
vous êtes virés.

« Enfin, messieurs, faites votre autocritique et cessez de faire
semblant d’être choqués. Vous êtes responsables de ce qui s’est passé
aujourd’hui, et dans n’importe quel État de droit (comme ceux que vous
souhaitez utiliser de temps en temps comme les meilleurs exemples dans
vos émissions de télévision) vous auriez déjà été arrêtés pour les
actions ci-dessus. Mes collègues ont perdu la vie aujourd’hui par
préméditation : la préméditation de la Marfin Bank et de M. Vgenopoulos
en personne qui a explicitement déclaré que quiconque ne venait
travailler aujourd’hui [le 5 mai, journée de grève générale !], n’avait
pas à se déranger le lendemain [où ils seraient renvoyés]. »

Signé : un employé de la Marfin Bank.

Sources : Indymedia-Athènes, Indymedia-UK, presse grecque (TaNea,
Kathimerini), http://libcom.org/
Version anglaise du témoignage :
http://www.occupiedlondon.org/blog/2010/05/05/an-employee-of-marfin-bank-speaks-on-tonights-tragic-deaths-in-athens/

Traductions OCL, 6 mai 2010
http://oclibertaire.free.fr/spip.php?article752

 * * *

Terreur d’État à Exarchia (Athènes)

Dans une orgie de punition collective, la police grecque a mené une
attaque brutale sur le quartier d’Exarchia, à l’issue de la
manifestation d’hier, saccageant des boutiques et des centres sociaux,
expulsant un squat à main armée et brutalisant les habitants.

La brutalité policière qu’on a pu voir dans les rues d’Exarchia hier
soir après la fin de la manifestation du deuxième jour de grève générale
à Athènes est inédite. On peut nourrir de sérieux doutes sur la nature
du régime actuel en Grèce, qui laisse tomber son masque démocratique
pour se montrer tel qu’il est réellement : la poursuite de la junte des
colonels.

À l’issue de la manif des centaines de policiers antiémeute et
voltigeurs ont fondu sur Exarchia, le quartier du centre d’Athènes qui
est un bastion extrémiste depuis le début du XXe siècle. La police a
travaillé à matraquer les passants et les gens aux terrasses des cafés,
saccageant le vieux café de la place Exarchia [celui à l’angle des rues
Stournari et Tsamadou] malgré le fait qu’il soit bondé de clients. Voyez
plutôt :
http://www.youtube.com/watch?v=hkQ4YsRlFxI

Les habitants ont naturellement gueulé des slogans antifascistes,
rappelant le souvenir récent des années de junte militaire et assimilant
les flics aux SS. La fureur policière a redoublé, frappant tous ceux qui
se trouvaient sur leur passage et investissant un immeuble d’habitation.
Ioanna Manoushaka était à l’entrée de chez elle criant que les flics
avaient fait de la vie un enfer dans le quartier quand ces derniers
l’ont attaqué, lui cassant le bras et des dents. Elle a couru se
réfugier à l’étage s’enfermant chez elle, ce qui n’a pas empêché les
policiers antiémeute de la suivre et d’essayer de forcer sa porte cinq
minutes durant lesquelles elle et son mari, un compositeur célèbre, ont
dû se barricader.

Gueulant « ce soir on vous nique », la police a ensuite envahi et
dévasté le centre social Diktio qui accueille les immigés, le Réseau des
droits sociaux et civils, un collectif de gauche actif contre le
terrorisme d’État depuis plusieurs décennies. Selon le communiqué de
Diktio, « le gouvernement du FMI et de la junte du marché tente
d’exploiter le geste criminel de la banque pour imposer un régime de
terreur dans le pays. L’orgie de gouvernance policière par l’usage
d’armes chimiques et de matraquages de masse a atteint son paroxysme cet
après-midi à Exarchia. »

Au même moment une armada de forces de police entourait le squat
anarchiste de la rue Zaimi au-dessus de Polytechnique, pour l’envahir et
évacuer ses occupants l’arme au poing. Le fait qu’un policier ait tiré
en l’air pendant cette opération n’a pas été confirmé. Tous les
occupants ont été raflés.

La pratique de la vengeance collective à l’encontre de la résistance
populaire aux mesures annoncées est une méthode caractéristique du
gouvernement de collaboration avec les Nazis dans les années 1940,
justifiant le sobriquet devenu commun adressé aux flics de « tsoliades
allemands » (l’escadron de la mort).

Traduction à l’arrache par le Jura libertaire, 7 mai 2010.
http://juralibertaire.over-blog.com/article-terreur-d-etat-a-exarchia-athenes-49957403.html

--
squat!net


More information about the squats-fr-diffusion mailing list