[squats-fr-diffusion] Dijon : contre l’expulsion de la "Villa", jacquerie urbaine devant la mairie

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Jeu 3 Juin 16:58:08 CEST 2010


Dijon : contre l’expulsion de la "Villa", jacquerie urbaine devant la
mairie

Article sur Brassica + photos :
https://www.brassicanigra.org/contributions/contre-l-expulsion-de-la-villa-jacquerie-urbaine-devant-la-mairie.html


Jeudi 27 mai, fourches et bêches en bataille, une soixantaine de
personnes se sont réunies devant la mairie à l’appel du Potager
Collectif des Lentillères (Pot’Col’Le) pour soutenir les habitant-e-s de
la "Villa", maison occupée depuis février 2010 rue Philippe Guignard et
menacée d’expulsion par la mairie à partir du 5 juin.

Cette imposante bâtisse, dotée d’un grand jardin, avait été rachetée 500
000 euros en janvier 2010 par la mairie de Dijon, qui n’ayant aucun
projet avant quelques années sur ces terrains, avait décidé d’appliquer
une politique sociale en vogue, la "dévitalisation". En d’autres termes
le démantèlement du toit, tuile par tuile, afin d’empêcher toute
tentative d’occupation. Laisser les maisons pourrir aux aléas
météorologiques semblent être devenu un réflexe de la part du maire de
Dijon.

Raison de plus pour occuper le bâtiment. C’est ainsi qu’un collectif de
personnes sans logis s’est rapidement mis en tête d’occuper cette maison
et de réhabiliter le toit, afin de s’y installer. Un beau pied nez à
l’hypocrisie socialiste. En effet, quelques mois plus tôt, le maire
François Rebsamen avait formulé une proposition de loi sur les logements
vacants, qui intégrait d’une part une taxe sur les logements vides, et
d’autres part, la possibilité pour les maires d’exproprier les
propriétaires au bout de 3 ans de vacance. [1] Schizophrénie rebsamienne
ou profond foutage de gueule ?

Pour le coup, la vérité est loin d’être ailleurs... En effet, dans sa
grande piété, la mairie de Dijon attaqua très rapidement les
habitant-e-s, n’hésitant pas à user de calomnies pour défendre son droit
de propriété : selon l’avocat de la mairie, la maison aurait été à la
limite de s’écrouler, suite à plusieurs années sans toit, elle aurait
également été victime d’un incendie à l’origine de la calcination et de
la fragilisation du toit. La mairie demanda ainsi au tribunal
l’expulsion immédiate de la "Villa", afin de protéger les habitant-e-s
des risques qu’illes encouraient dans leur grande irresponsabilité. Le
juge, loin d’être dupe, accorda un court délai de 2 mois aux
habitant-e-s.

Le 28 mars, dans la foulée de ce verdict, un collectif de citadin-e-s et
paysan-ne-s a réquisitionné d’anciennes terres maraichères laissées en
friche pour y débuter un jardin collectif ouvert à toutes et à tous.
Rapidement, habitant-e-s de la Villa se sont rallié-e-s au potager
nouvellement initié, faisant profiter les jardinier-e-s de leur
dépendance et leur espace, pour stocker les outils, permettre la
préparation des semis et accueillir les réunions du collectif de
jardinier-e-s erroristes. La "Villa" est ainsi rapidement devenue un
espace ressource, primordial au bon fonctionnement du potager collectif.

Au delà de ces relations privilégiées avec le potager, elle est devenue
un véritable lieu de rencontres, de réflexion et d’échanges conviviaux,
au travers de concerts, projections, bouffes de quartiers, régulièrement
organisés. Elle est pourtant menacée d’expulsion à partir du 5 juin par
la ville de Dijon, ce qui correspond à la fin du délai accordé par le
tribunal d’instance. Une ville de Dijon loin de voir d’un bon œil les
expériences de réappropriation et d’organisation collective, et qui
préfère dévitaliser et détruire les bâtiments qu’elle rachète dans le
cadre de ce type d’opération foncière, plutôt que les voir usités...

Ce jeudi 27 mai, suite à la manif interprofessionnelle, membres du
potager collectif et habitant-e-s de la "Villa" se sont installé-e-s
devant la mairie, afin d’expliquer la situation du jardin et de la
"Villa", distribuant tracts explicatifs, jus de fruits, tisanes ou cafés
aux manifestant-e-s de la manif interpro et aux passant-e-s. Vers 17h30,
le groupe se dirigea prestement vers les grilles de la mairie, armé-e-s
de bêches, fourches, binettes et de brouettes, n’hésitant pas à
improviser une batucada sur les grilles de la mairie. Les slogans,
disons-le, d’une rare qualité, ont été promptement repris en coeur par
une semi-foule en délire. Rapidement alerté par ce vacarme, et
probablement surpris par cette jacquerie urbaine se déroulant sous ses
fenêtres, un des adjoints au maire proposa une entrevue. C’est ainsi que
3 personnes suivirent l’élu pour discuter dans son vaste bureau, au
style plutôt cosy. A la sortie, pas grand chose de concret, bien sûr, si
ce n’est l’organisation probable d’une entrevue avec le maire.

La mairie, par l’intermédiaire de l’Etablissement Public Foncier Local
(EPFL), est en train de racheter progressivement, parcelle par parcelle,
l’ensemble du quartier, en vue d’un projet "d’écoquartier". Un
écoquartier qui sera la cause du bétonnage, irréversible, de ces terres
maraichères. Un écoquartier laissant la part belle à la bagnole, si l’on
en croit la volonté actuelle de construire un parking aérien afin de
protéger phoniquement le futur quartier des désagréments ferroviaires
(en lieu et place d’une large bande de terres sauvegardées qui
pourraient avoir le même intérêt d’un point de vue des nuisances
sonores). Un écoquartier fait de maisons individuelles et de jardins
privatifs, de rues proprettes et aseptisées, rythmé par d’incessantes
migrations pendulaires, sans vie. Un écoquartier pas prêt non plus de
voir le jour selon les dires de certains élus. Dans ce contexte,
habitant-e-s de la "Villa" et jardinier-e-s restent déterminé-e-s a
poursuivre les expérimentations sociales et agronomiques engagées sur ce
bout de quartier abandonné. L’expulsion de la "Villa" constituerait un
énorme gâchis, inacceptable pour de nombreux-ses dijonnais-es, qui
d’ailleurs n’hésitent pas à interpeller la mairie à ce sujet.

Ensemble, revendiquons une autre conception politique de la ville,
propice aux rencontres, à l’échange, au partage de savoirs, à une
conception plus autonome de nos vies, loin des délires mégalo
d’attractivité économique, de sécurité, du doux rêve d’aseptisation et
de contrôle social que formule régulièrement notre bon maire dans son
action municipale.

Affaire a suivre, donc...

Pot’Col’Le Notes

[1] Dijonscope, 18 novembre 2009
http://www.dijonscope.com/006185-un-rendez-vous-entre-pelles-et-rateaux


http://www.brassicanigra.org/


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