[squats-fr-diffusion] Semaine du 21 septembre : Appel international de solidarité et de protestation contre la destruction des abris des migrants à Calais

Le Jura Libertaire juralib at no-log.org
Lun 21 Sep 13:40:17 CEST 2009


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*Toutes et tous à Calais cette semaine pour protester contre le
démantèlement de la jungle, des campements et squats ! Actions
internationales en solidarité devant les consulats français !*


Le gouvernement français, probablement sous la pression du gouvernement
britannique, propose aujourd’hui une «solution» définitive au «problème»
des migrants à Calais. Nous appelons toutes les personnes sensibles à la
situation dramatique des migrants de Calais à s’opposer à la dite
«solution» qui, selon le ministre de l’Immigration et de l’Identité
nationale Eric Besson, consistera en l’intervention cette semaine de la
police anti-émeute française pour éradiquer la jungle. Nous dénonçons cet
acte d’agression digne du gouvernement de Vichy contre des migrants qui
ont déjà beaucoup souffert durant leur périple pour arriver à Calais.

Besson a déclaré en mai qu’il voulait débarrasser le Calaisis des
migrants. Depuis, squats et campements ont maintes fois été détruits dans
la région, et c’est maintenant le tour de l’emblématique jungle à Calais
même. Nous ne considérons pas les migrants comme «le problème», et notre
solidarité est la seule réponse possible face au sort qui leur est fait.

Nous rejetons la normalisation et l’utilisation abusive des mots
«clandestinité» et «illégalité» et partageons l’esprit de l'article 14 de
la Convention de Genève de 1951 qui stipule que chaque individu a le droit
de demander l’asile où il le veut.

Nous allons aussi au-delà de cette version étriquée de la conception de
l’asile, qui exclut les personnes fuyant la violence non étatique, mais
aussi les victimes des viols, ainsi que de la violence sociale comme la
pauvreté, conséquence des règles commerciales fixées à Washington et
Genève. Les guerres que le capitalisme mène contre les peuples, en
exploitant leurs ressources et leur travail, sont à l’origine de ces
différentes formes de violence.

Nous croyons que tout le monde a le droit de choisir où aller et où vivre,
et que cette liberté ne doit pas être réservée seulement à une minorité,
parce que nous croyons en l’égalité des droits pour toutes et tous, des
droits qui ne doivent pas être donnés ou octroyés par les gouvernements,
mais qui doivent être garantis à tout être humain.

Pour les migrants, quitter leur famille, leurs maisons et leur vie,
parfois pour toujours, n’est jamais un choix facile, et bien souvent
répond à la nécessité. Il s’agit d’un acte de survie familiale, un grand
sacrifice dont on ne sait jamais s’il sera couronné d’un succès ou d’un
échec. Les migrants sont prêts à risquer leur vie parce que partir
représente une chance d’un avenir meilleur. L’échec n'est pas une option,
et les gouvernements, malgré tous leurs efforts, ne les arrêteront pas.

Un aspect important de la Convention de Genève reconnaît l’absence de
passeport n’est pas en soi un acte illégal. Les migrants de Calais n’ont
pas eu d’autre choix que de devenir des «clandestins», car il n’y a pas de
chemin légal possible pour gagner l’Europe ou le Royaume-Uni par voie
terrestre : ce qui explique pourquoi ils se retrouvent entre les mains de
passeurs, et subissent les dangers et les dépenses consécutifs.


  *Les «choix» à Calais : retour volontaire et le système européen de
demandes d’asile*

Selon le plan Besson, les migrants n’ont que deux options à Calais. La
première option est le retour soit disant «volontaire» qui ne l’est
évidemment aucunement. L’approche adoptée à Calais, et de plus en plus à
travers les jungles du Nord de la France, consiste à faire fléchir la
volonté des migrants, en les soumettant à des niveaux extrêmes de violence
policière et d’intimidation. Puis l’OIM propose la solution du «retour
volontaire», assisté par le nouvellement arrivé HCR qui donne sa
bénédiction.

La seconde option est de demander l’asile en France. La plupart des
migrants ont à juste titre très peur car c’est un piège potentiel. En
effet, il y a des chances pour que leurs empreintes digitales aient été
prises et enregistrées dans la base de données Eurodac ; et selon les
accords Dublin II, s’ils ont déjà demandé l’asile en France ou quelque
part ailleurs en Europe, et qu’ils sont fichés dans la base de données,
ils seront renvoyés vers le premier pays «sûr» où leurs empreintes ont été
prises, c’est-à-dire généralement la Grèce ou l’Italie. La Grèce reçoit
ainsi de l’argent de l’UE pour chaque cas Dublin II qu’elle reçoit.

En Grèce, il y a environ 0% de chance d’obtenir l’asile pour les Irakiens
et les Afghans, et pourtant pour la plupart des pays européens, la Grèce
est considérée comme un pays «sûr» pour y renvoyer les migrants. La
Norvège et de plus en plus de tribunaux commencent à décréter qu’il est
dangereux de renvoyer des migrants en Grèce ; c’est maintenant au tour des
gouvernements européens de faire de même.

Les gouvernements britannique et français ainsi que les médias prétendent
que les migrants ne sont pas de «vrais réfugiés», car si tel était le cas
ils demanderaient l’asile dans l’un de ces pays. Mais qui le ferait,
puisque ce serait clairement suicidaire ? A travers ces petits
arrangements, les pays de l’UE créent un système qui détruit les chances
d’obtenir un statut de réfugié.


  *La conséquence des accords franco-britanniques*

On pourrait considérer le «problème» des migrants à Calais comme le
résultat du refus du Royaume-Uni de rejoindre l’espace Schengen, et à la
complaisance française à ce sujet. Il s’agit en effet d’une sorte
d’anomalie créée par les accords binationaux franco-anglais. Le problème
est aussi plus largement la fermeture des frontières de l’Europe aux
migrants, coordonnée à travers le pacte européen des migrations.

Les accords bilatéraux conclus entre la France et la Grande-Bretagne après
la fermeture du camp de Sangatte ont conduit à la mise en œuvre de
contrôles aux frontières de plus en plus coûteux et sophistiqués, et au
déplacement des contrôles de la frontière britannique sur le sol français.
Le gouvernement français a cédé aux injonctions du Royaume-Uni et a
accepté sa politique de renforcement des contrôles aux frontières.

En conséquence la file d’attente pour passer la Manche devient plus
longue. Alors que les contrôles de plus en plus rigides bloquent les
migrants à Calais, on adopte comme «solution» la destruction des jungles.
Les migrants sont donc dispersés et expulsés pour effacer le problème.
Solution barbare, mais aussi totalement inefficace, puisqu’elle renforce
la dépendance aux passeurs.

Lors de la fermeture de Sangatte en 2002, on a voulu faire croire que
Nicolas Sarkozy avait résolu le «problème». Bien évidemment les migrants
ont continué à venir, et depuis lors, l’objectif a été d’essayer de les
rendre invisibles. Pour cela, plusieurs tactiques :

  1) Laisser les migrants traverser quand ils sont trop nombreux, pour
désengorger.

  2) Les soumettre à des intimidations et de la violence, afin qu’ils
quittent le Calaisis et tentent la traversée ailleurs sur la côte.

  3) Détruire les espaces de vie qu’ils aménagent et leurs effets personnels.

A présent, le gouvernement prétend régler la situation, et se justifie à
coups de blabla sur les réseaux de passeurs et autres mensonges quant aux
habitants du coin qui seraient attaqués quotidiennement et qu’il serait
nécessaire de protéger des migrants, de même que les entreprises locales.
De tels mensonges ont déjà été dits à propos d’autres minorités à d’autres
époques, pour créer un ennemi et susciter la peur. Pour se couvrir d’un
vernis humanitaire, Besson évoque le fait que l’asile a été accordé à
quelque 170 migrants de Calais depuis le mois de septembre 2009…
Cependant, aucune des associations en lien avec les migrants à Calais ne
peut confirmer cela.

Aujourd’hui, nous sommes sur le point d’assister à un «nettoyage des
migrants» sous couvert de souci humanitaire. Besson prétend sous le feu
des médias qu’il a trouvé une solution digne mais il n’en est bien
évidemment rien.

Les vrais problèmes sont ceux qui font que les migrants sont forcés de
quitter leurs foyers ; ceci ne sera jamais résolu tant que les
gouvernements et en particulier les gouvernements britannique, américain
et français ne changent de politiques envers les pays dits en voie de
développement ou sous-développés, en matière économique, écologique et de
politique étrangère.

Les migrants ne cesseront pas de venir et ils sont les bienvenus. La
liberté de circulation est un droit qui appartient à toutes et tous !

  *Nous appelons toutes et tous à venir à Calais cette semaine pour
exprimer sa solidarité et dénoncer les politiques migratoires actuelles
!*

  *Nous exigeons l’abrogation des accords Dublin II, la fin des politiques
de migration sélectives et de toute autre législation qui empêche de
migrer là où on le désire et là où l’on en a besoin.*

  *Nous appelons à des actions de solidarité devant les ambassades et
consulats français, pour protester contre la destruction des camps de
réfugiés et migrants par un gouvernement qui aime à rappeler que la
France serait la patrie des droits de l’Homme.*


    No Border Calais, 21 septembre 2009.


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